l'avenir des écluses et des éclusiers

Agents VNF, ces méconnus

 

Posté le dans N° 04/2014 -sur NPI

 

Si les conditions de travail des barragistes ont évolué, elles restent difficiles, particulièrement en hiver.
Photo Severin Pagazzi

 

Omniprésents sur le réseau navigable, ils sont pourtant peu visibles dans le monde du transport fluvial. Rattachés depuis un peu plus d’un an au nouvel établissement public VNF, ils se sentent parfois négligés de leur hiérarchie, quand ils ne sont pas décriés par les usagers. Barragistes, éclusiers, agents de la gestion hydraulique : le sociologue Reinhard Gressel (*) a interrogé ces hommes et ces femmes sur qui repose, en France, la fiabilité du transport fluvial. Entretien.

 

NPI – Quelle est la nature de vos recherches sur les agents de VNF ?

 

Reinhard Gressel - Au sein du programme de recherche Fluide (fleuve urbain intermodal durable), j’ai initié deux travaux de recherche : la thèse de Charlotte Paul, qui porte sur les bateliers, et le travail que je mène moi-même sur les agents de la gestion hydraulique. Cette enquête m’a amené à visiter de nombreux ouvrages, à observer de façon approfondie le travail des agents et à mener de nombreux entretiens. Environ 1 000  bateliers naviguent sur le réseau français. De nombreux employés de VNF y travaillent aussi, mais on parle beaucoup moins d’eux. Au mieux, on sait qu’il existe quelques éclusiers. La voie d’eau n’a pourtant rien de naturel : pour la rendre navigable toute l’année, il a fallu la transformer en une infrastructure éminemment artificielle. Cet aménagement à grande échelle, entrepris depuis le XVIIe siècle, a permis de coloniser les berges des fleuves, pour l’habitation ou l’activité humaine. Le réseau navigable comprend aujourd’hui 4 855 ouvrages d’art, auxquels s’ajoutent les barrages, déversoirs, retenues et autres lacs réservoirs. Pour l’exploitation et l’entretien de ces infrastructures, VNF emploie environ 5 000 agents, dont 400 éclusiers et 500 barragistes. Ces chiffres sont approximatifs, car VNF ne répertorie pas ses agents selon des critères de métier, mais selon leur statut administratif.

 

NPI – Les barrages à aiguilles sont ceux qui demandent le plus de personnel. Quelle est la particularité de ce travail ?

 

R. Gressel - Il reste en France quelque 130 barrages à aiguilles. Ces ouvrages sont chacun équipés de 1 000 à 1 500 aiguilles : des pièces de bois de 7 cm x 7, d’une longueur de 3 m environ. Ce système, inventé par un ingénieur français au XIXe siècle, permet une régulation très fine du niveau d’eau. Mais leur manipulation nécessite un geste très particulier, à la fois précis, vif et très puissant : la force du courant appuyant sur l’aiguille, il faut la dégager très rapidement. Aucun agent ne peut faire ce travail jusqu’à sa retraite, car cela sollicite énormément le dos.

 

Depuis peu, sur certains tronçons, ils sont aidés dans leur travail par une application sur smartphone, développée spécialement par VNF, qui permet de savoir combien d’aiguilles ont été enlevées ou ajoutées sur tel ou tel barrage en amont. Mais les barragistes s’en servent assez peu et l’utilisent surtout pour vérifier le bien-fondé de leur propre décision. Ils ont en effet bien souvent une connaissance quasi-instinctive de leur barrage et savent par exemple que l’eau va monter à cause d’un orage.
Tous les barragistes rencontrés insistent sur la nécessité de bien connaître le barrage et son plan d’eau pour pouvoir anticiper. Ils doivent apprendre, par exemple, à ne pas toucher trop souvent l’ouvrage. Quand ils savent qu’une vague doit arriver suite à un orage, ils anticipent le fait que le barrage puisse être submergé pendant un certain temps, mais que la situation se rétablira d’elle-même. Si au contraire ils enlèvent des aiguilles trop rapidement, ils ne pourront pas forcément les remettre à temps et la conséquence sera alors plus grave : une baisse de la ligne d’eau.

 

NPI – Le travail sur ces ouvrage anciens a-t-il évolué ?

 

R. Gressel - Les barragistes n’habitent plus à proximité des barrages comme autrefois, mais ils se déplacent d’un ouvrage à l’autre avec un véhicule, le plus souvent par deux, pour des raisons de sécurité. Ils peuvent être quatre ou même six en cas de crue charriant des embâcles ou des glaces, par exemple. Il faut alors coucher, puis relever le barrage, ce qui représente un travail considérable et doit souvent être effectué dans les pires conditions : de nuit, par temps froid, dans un bruit épouvantable. En été, c’est la belle vie, ils effectuent les tâches les plus faciles, comme de tondre, torse nu, les abords du barrage, ce qui conforte les préjugés des mariniers sur la facilité du travail des barragistes. Mais en hiver, comme ils disent eux-mêmes : «on rembourse» ! Les conditions de travail ont beaucoup évolué depuis les années 1950 ou 1960, quand les barragistes travaillaient seuls, sans ligne de vie, sans projecteur pour éclairer les travaux de nuit. Ils bénéficiaient alors de logements de fonction qui n’avaient bien souvent ni eau, ni électricité. Aujourd’hui, les barragistes se disent confrontés à des variations plus brusques de la ligne d’eau et attribuent cela à une plus grande imperméabilisation des sols, due à l’urbanisation. Mais cette augmentation des variations n’est pas confirmée par les ingénieurs de la voie d’eau.

 

NPI – Comment jugent-ils leur travail ?

 

R. Gressel - Les barragistes prennent leur travail très à cœur et sont capables de travailler nuit et jour, sans compter leurs heures ; les contrôleurs doivent donc insister sur le respect de la durée du travail et, parfois, les obliger à abandonner le barrage, ce qui va à l’encontre de leur éthique professionnelle. Les barragistes se sentent en effet responsables de leur barrage, même s’ils ne sont plus affectés à un ouvrage en particulier. Je n’ai rencontré aucun je-m’en-foutiste, qui ne pourrait de toute façon pas tenir dans le collectif de travail. L’esprit de lutte contre les éléments naturels et de mobilisation virile de la force physique sont des valeurs très fortes. La dangerosité crée une grande interdépendance et un collectif de travail très fort : les individualistes ne durent pas dans ce métier, quelles que soient leurs compétences. La sécurité est un aspect essentiel, pour les agents comme pour autrui. Les barragistes, souvent riverains des cours d’eau, connaissent en effet les conséquences des crues et s’efforcent de les réduire, même si leur rôle officiel consiste à tenir la ligne d’eau et non à gérer les crues.

 

NPI – Le travail des éclusiers a lui aussi considérablement évolué. Quelles sont notamment les conséquences de l’automatisation des écluses ?

 

R. Gressel - Les éclusiers ne se distinguent pas tant par leur fonction que par le type d’écluse auquel ils sont affectés : manuelle, mécanisée, automatique, télécommandée ou en téléconduite. L’automatisation et la téléconduite entraînent des modifications dans l’organisation du travail : ces systèmes permettent d’économiser du temps de travail et, surtout, d’organiser différemment les horaires et les remplacements. Cela permet aux femmes de redevenir éclusières. Historiquement d’ailleurs, c’était un métier féminin, qui s’est cependant masculinisé avec l’exploitation de certaines écluses en 24 h/24, les femmes étant peu attirées par le travail de nuit dans des endroits isolés.

 

Sur les canaux touristiques, les éclusiers sont confrontés à deux types de public : d’un part les usagers, souvent peu aguerris, voire non-francophones, d’autre part les curieux qui se massent autour de l’écluse, au risque de tomber dedans. L’éclusier doit donc faire la police, empêcher les touristes d’emprunter la passerelle de service, etc. Les éclusiers saisonniers travaillant l’été sur ces canaux, sont souvent affectés à l’opération qui s’apprend le plus facilement : celle de l’éclusage. Les éclusiers permanents se trouvent donc dépossédés de la partie la plus valorisante de leur travail, pour se consacrer à l’entretien ou aux opérations de déblocage d’une écluse en panne par exemple. Certains s’en plaignent ; d’autres ont trouvé dans la maintenance des tâches qu’ils jugent plus valorisantes, davantage spécialisées, alors que l’éclusage peut vite leur sembler monotone.

 

La végétalisation des berges, par exemple, est bien vue par certains, qui s’y impliquent, alors qu’elle est décriée par d’autres, surtout les plus anciens. De même, certains éclusiers trouvent dégradant de faire du fauchage ou de la réparation de maçonnerie, alors que d’autres apprécient cette diversité des tâches.

 

NPI – Des différents métiers que vous avez étudiés, celui d’agent de la gestion hydraulique est sans doute le plus méconnu : quelles en sont les caractéristiques ?

 

R. Gressel - L’agent de gestion hydraulique s’occupe du système alimentaire du réseau : les réserves d’eau (barrages, lacs) qui, grâce à des rigoles, alimentent les biefs de partage des canaux de liaison. Il s’agit, comme pour les barragistes, d’un métier où l’anticipation et l’expérience sont très importantes : estimation de la ressource existante, retenue par les barrages, trop ou pas assez pleins en fonction de la saison, et anticipation de celle qui est «en l’air» – la pluie qui va tomber. Ouvrir ou fermer les vannes se pratique par avance, en fonction des besoins du canal, mais aussi de la pluie tombant sur un versant ou un autre, de l’évaporation ou encore de l’utilisation de l’eau par les agriculteurs. L’anticipation permet aussi de garder de l’eau après l’été si la sécheresse se prolonge, ou de maintenir une capacité de stockage à la fin du printemps, pour pouvoir absorber une crue tardive ou éviter l’inondation d’un village en cas d’orage.

 

L’observation de la digue est la première tâche des agents, qui évaluent sa rectitude et apprécient aussi les nuances de vert de l’herbe, pour détecter une fuite éventuelle. D’autres tâches sont plus formalisées, comme les visites périodiques, avec observation et mesure des barrages, vérification et entretien des rigoles, etc. Comme les barragistes, les agents de la gestion hydraulique sont très attachés aux ouvrages qu’ils entretiennent et particulièrement impliqués dans leur travail. Souvent, ils ne peuvent se résoudre à l’abandon ou au manque d’entretien et pallient par leur dévouement le manque de moyens qu’ils constatent au quotidien. Ils déplorent également ce qu’ils considèrent comme un manque d’intérêt de leur hiérarchie pour les difficultés concrètes de leur travail. Ils accordent en revanche leur estime aux ingénieurs qui n’hésitent pas à venir régulièrement sur le terrain.

Téléconduite     

Sur la Petite Seine, les visions de VNF et de ses éclusiers divergent

28 août 2014 - 19:57     reportage de fluvialnet.com

Encombrement à l'écluse de Villiers (Photo Lockkipper)Sur la Petite Seine, entre Montereau et Nogent-sur-Seine, Voies navigables de France (VNF) prévoit de remplacer en 2016 les éclusiers par un poste de téléconduite centralisé. Pour VNF, cette automatisation permettra d'élargir les horaires d'ouverture des écluses de 10 heures actuellement en semaine à 14 heures . Pour les éclusiers, l'automatisation est "la négation même de leur savoir-faire et la porte ouverte aux accidents."

Depuis son arrivée il y a quelques mois, Daniel Bascoul, directeur adjoint chargé d'infrastructures à la Direction territoriale Bassin de la Seine a pris la mesure de l'inquiétude des agents. Mais pour lui, la téléconduite est indispensable à l'avenir de la voie d'eau : "Nogent est très actif industriellement et le port monte en puissance depuis 2005. Si on ne répond pas aux attentes des chargeurs, qui demandent des horaires d'ouverture plus larges, ils vont se fatiguer et ce serait dommage quand le projet de mise au grand gabarit de la liaison Bray-Nogent avance". Quant à employer davantage de personnel, "impossible, VNF, comme tous les établissements d'Etat, est soumis à des restrictions budgétaires".

Les éclusiers, destinés à devenir des "pupitreurs", ne remettent pas en cause ces arguments. Mais ils leur opposent leur crainte d'écluses déshumanisées. "Une telle gestion avec pour seul regard les yeux des caméras, pour seul contact une voix sans visage, amputée de bras pour intervenir, dépourvue de main pour saluer, va provoquer de sérieux bouleversements" dit un tract diffusé sur la voie d'eau. Logés sur leur écluse, fins connaisseurs de la rivière, les éclusiers craignent autant la perte de leur savoir-faire que le bouleversement de leur vie quotidienne. Ils sont soutenus par les mariniers, comme le montre un sondage mené aux écluses. 66 mariniers sur les 66 consultés ont répondu "non" à la question "Pensez-vous que la téléconduite va améliorer le service ?". 62 ont coché la case "la téléconduite va augmenter les incidents et pannes sur les ouvrages".

Fin mars, les agents des sept écluses concernées ont soumis un projet alternatif. "Nous sommes en train de l'étudier, indique Daniel Bascoul, mais il implique des travaux supplémentaires peu compatibles avec une mise en service de la téléconduite début 2016".

 

13 mars 2014

Voies Navigables de France lance un appel d'offre pour le  Service Navigation du Nord-Est
Objet du marché : automatisation de 19 écluses manuelles du canal entre Champagne et Bourgogne.

avec entre autre : la réalisation et la fourniture du Dossier d'utilisation, d'exploitation et de Maintenance , et la formation des agents VNF .

 

 

La téléconduite des écluses

 

VNF lance une enquête auprès des usagers relative à la téléconduite des écluses de la Moselle !

 

Dans le cadre de la modernisation des infrastructures et du réseau, Voies navigables de France s'est fixé plusieurs actions pour améliorer le service rendu aux usagers : l'une d'elle est la mise en téléconduite des écluses sur les itinéraires grand gabarit. Sur la direction territoriale du Nord-Est, cette téléconduite concernera la Moselle de Neuves-Maisons à Apach avec une mise en œuvre progressive de 2015 à 2020.

Aujourd'hui le passage des bateaux aux écluses de la Moselle est assuré par un éclusier en poste dans la cabine de l'ouvrage. Demain, ces éclusiers rejoindront un poste centralisé distant de téléconduite à partir duquel ils continueront de faire passer les bateaux aux différents ouvrages. " Pas de mobilité géographique imposée " avait dit le DG, lors de la création de l'EPA ?...

Pour que ce projet soit une réussite et que pour que chacun en tire un bénéfice, VNF souhaite intégrer les différents acteurs dès les phases d'études préalables. Il est donc indispensable de recueillir le sentiment des bateliers. Retrouver, ci-dessous deux liens pour prendre connaissance des deux documents :

Enquête auprès des usagers de VNF

Objectifs de VNF

VNF, dans son objectif de "modernisation", procède par étapes mais il est bien clair que l'EPA compte continuer et étendre son projet à tous ses ouvrages. Tout laisse à penser que la DTBS et bien d'autres suivront ensuite, voire dans le même temps (2015-2020) !

A suivre donc de très prêt ...........................................................

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Date de dernière mise à jour : 26/01/2015

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